
La Piste aux étoiles
Tout commence 5 000 ans avant J.-C., en Chine, berceau de l’acrobatie, où femmes, enfants et paysans manient objets usuels et objets guerriers (drapeaux, bâtons). Puis viennent les acrobates d’Asie Mineure, les contorsionnistes hindous, les équilibristes japonais sur bambou, et, vers 2000 avant J.-C., les jongleurs à trois balles de Basse-Égypte. En Grèce, acrobates, montreurs d’animaux et personnages grotesques analogues aux augustes de cirque se produisent sur l’agora. À Rome, civilisation du spectacle, tout est visible, théâtralisé. On y est spectateur des orateurs du forum, des sacrifices rituels, des parades militaires, des funérailles où des figurants portent les masques mortuaires des ancêtres.
Les ludi, jeux donnés lors des grandes occasions, se déroulent dans les amphithéâtres et font précéder les combats de gladiateurs (le premier date de 264 avant J.-C.) et les courses de chars de démonstrations athlétiques, défilés de phénomènes et d’animaux exotiques, jongleurs, écuyers, équilibristes, dompteurs d’animaux et faiseurs de tours. Coûteux et sanglants, les ludi ne survivent pas à la chute de l’Empire et à l’expansion du christianisme. Dans l’Europe médiévale, montreurs d’animaux, jongleurs et acrobates sont condamnés à l’itinérance. Ils participent à des fêtes populaires et profanes, aux foires marchandes qui deviennent le fief des errants. Les banquistes, autre nom des saltimbanques, y gagnent difficilement leur pain. Leur habileté est même suspectée de sorcellerie et conduit certains au bûcher…
Philippe Astley, né en 1742 à Newcastle Under Lyne, vint à Paris et ouvrit, le 16 octobre 1783, faubourg du Temple, une salle ronde comportant deux rangées de loges, éclairées par 2000 bougies et où l’on voyait, durant les mois d’octobre à janvier, des exercices de manège ainsi que des tours surprenants de force et de souplesse tant sérieux que comiques. La forme actuelle du Cirque était née !
Les deux principaux acteurs étaient Astley père, le plus bel homme d’Europe et son fils âgé de 17 ans qui “avec des grâces et une vigueur capable d’enchanter le beau sexe“, exécutait sur des chevaux courant au grand galop, le menuet de Devonshire composé et dansé en 1781 à Londres par le grand Vestris. On y admirait encore le cheval qui rapporte ; le cheval qui s’assied comme un chien ; le combat du tailleur anglais et de son cheval ; un équilibriste sur le fil d’archal, nommé Sanders, un paillasse d’une agilité merveilleuse, et enfin un petite fille de quarante mois qui touchait du forte piano. Les places coûtaient 3 livres aux premières loges et 1 livre 10 sol aux secondes et 12 au parterre . L’année suivante, ce manège ferma, rouvrit en 1785 pour refermer encore et rouvrir le 29 septembre 1788.
Sous la Restauration, et encore plus sous le règne de Louis-Philippe, les Champs-Elysées furent un lieu de délices. Le cirque olympique devint le rendez-vous de toutes les élégances ; on y applaudissait le célèbre écuyer Baucher “qui domptait le plus terrible des chevaux d’Angleterre, le forçant à exécuter des quadrilles et des pas dont Vestris lui-même serait jaloux“. Dès sept heures du soir, il était impossible de se procurer une seule place. Trois mille personnes se pressaient pour applaudir la poste royale dans laquelle Mr Lalanne, en costume écossais, “montait cinq chevaux au son du pibroch …”. Son rival, Mr Lejars, “en habit de Mercure” exécutait la grande voltige sur un cheval libre. Auriol, le grand équilibriste, le clown merveilleux, stupéfiait les spectateurs par son adresse et ses drôleries. Enfin Adolphe Franconi lui-même, le représentant de cette illustre dynastie, présentait en liberté des chevaux extraordinaires, désignant du bout du sabot la personne la plus amoureuse de la société, rapportant un drapeau, une fleur, une chaise et surtout … beaucoup d’argent au directeur !Au XIXe siècle, vînt le music-hall… et le cirque rechercha une nouvelle mise en scène du music-hall, mais il ne put y parvenir, car, outre des artistes de cirque, le music-hall présentait lui des danseurs, des chanteurs et des revues à girls !
Ce n’est que dans le bouillonnement culturel des années 1970 que des artistes, voulant rompre avec les valeurs esthétiques établies, partirent à la conquête d’espaces de représentation neufs et de nouveaux publics. Venus de la rue, du théâtre ou de la danse, ils réemploient les usages du cirque forain et les théâtralisent, souvent hors du cercle. Le Puits aux Images, le Cirque Aligre, le Cirque Bidon, les Matapeste, la compagnie Maripaule B. et Philippe Goudard sont regroupés, en 1984, sous l’appellation générique « nouveau cirque », révélatrice d’une différence, à commencer par celle des codes esthétiques.
Le nouveau cirque se démarque du cirque classique : il rompt avec tout ou partie de ces codes et met en œuvre des conceptions de l’art radicalement étrangères à la tradition. Dans ce Cirque désormais contemporain, se mélangent les classiques du cirque, mais aussi la danse, le théâtre, la musique et les arts plastiques… Pour le bonheur des petits et des grands !
Pour en savoir plus :
- article Métamorphose de la piste par Jean-Michel GUY
- site Le Cirque par Max Stevenson Jr
Cet article s’est librement inspiré de ces deux sources.