Archive pour octobre 2007

Birmanie : l’opposition se meurt

Mercredi 3 octobre 2007

Au moins mille personnes interpellées la semaine dernière lors de la répression de manifestations anti-junte en Birmanie ont été emmenées sur un campus universitaire de Rangoun pour y être détenues, ont indiqué mardi deux responsables birman et onusien.

Jusqu’à 1.700 personnes, dont environ 500 moines bouddhistes, ont été détenues dans le campus du Government Technical Institute de Rangoun, a dit un responsable birman. Selon lui, ce groupe incluait environ 200 femmes et des bonzes novices, dont un n’était âgé que de 10 ans.

Mireille Boisson, coordonnatrice pour la Birmanie à Amnesty International France, clame haut et fort le drame qui est en train de se vivre en Birmanie :

La junte au pouvoir en Birmanie réprime les manifestations depuis trois jours. Quelle est la situation actuelle ?
Il y a pour l’instant neuf morts, on « s’émerveille » tous de la retenue de l’armée jusqu’à présent, peut-être est-ce grâce à la Chine (un souvenir de Tien An Men…) et des pays de l’Asean (Asie du Sud-Est), qui ont appelé la junte à la modération. De plus, contrairement à la répression de 1988 qui avait fait 3 000 morts, nous disposons cette fois-ci d’images, car les jeunes ont su utiliser les nouvelles technologies : ça intéresse les médias et on ne peut pas massacrer impunément sous leur regard. Reste que le monde extérieur risque d’avoir de moins en moins d’images car le pouvoir est en train de verrouiller, de couper des lignes, les portables, etc.
Et les violations les plus graves sont perpétrées à l’abri des caméras : des arrestations massives ont lieu, des monastères ont été vidés et pillés et il existe évidemment de fortes présomptions de tortures. Il ne faut pas oublier que l’on tombe facilement sous le coup de lois formulées de façon très vague en Birmanie et que les lois d’exception sont toujours en vigueur. Il s’agit d’une torture gratuite, car il n’y a rien à avouer, une torture faite pour briser et terrifier la population. Il y aura également des simulacres de procès – le tarif minimum c’est d’ailleurs sept ans de prison. Quant à Aung San Suu Kyi, pour l’instant elle est toujours chez elle, surveillée de près, d’après des diplomates occidentaux en poste en Birmanie.

Quelle est la solution la plus adaptée ?
L’idéal serait que les Nations unies exercent une pression suffisante pour amener tout le monde à la table des négociations : la junte, la LND (Ligue nationale pour la démocratie), Génération 88, les partis ethniques liés ou pas à la LND. On a également besoin de médiateurs internationaux, notamment issus de la région comme l’Indonésien Ibrahim Gambari, l’émissaire spécial de l’ONU qui vient d’obtenir un visa pour se rendre en Birmanie.
Il faudrait également un embargo sur les armes de la part de la Chine (qui en expédie contre du gaz, du pétrole et la surveillance de la frontière contre le trafic de drogues), de la part aussi de l’Inde et de la Corée du Nord (qui livre probablement du matériel nucléaire). Enfin, le Conseil de sécurité des Nations unies n’est pas du tout prêt à une intervention armée, la Chine de toute façon ne le permettrait jamais.

(c) site Amnesty International

Vladimir Poutine bientôt Premier ministre ?

Mardi 2 octobre 2007

J’accepte avec gratitude la proposition de prendre la tête de la liste du parti Russie unie” aux législatives du 2 décembre, a lâché Vladimir Poutine en clôture du Congrès du parti au pouvoir, lundi 1er octobre, déclenchant une explosion de cris et d’applaudissements. Tous les délégués l’attendaient debout en retenant leur souffle. Tous s’étaient armés de leur téléphone portable, de leur appareil photo, de tout ce qu’ils avaient sous la main pour fixer cet instant historique.Conduire le gouvernement serait une option tout à fait réaliste“, a confirmé le président russe, résolvant ainsi une énigme majeure de cette fin de mandat sur son avenir politique, comme l’explique le quotidien Novyé Izvestia

Le président russe est ainsi à l’origine d’un nouveau coup de théâtre. A deux mois des élections législatives et cinq mois de la présidentielle, il a déjoué tous les pronostiques sur son avenir politique et se présentant à une place où personne ne l’attendait ! “Vladimir Poutine vient de mettre un terme au plus insoutenable suspense politique de la Russie contemporaine, esquissant par la même les contours de l’avenir du pays“, peut-on lire dans le quotidien Nezavissimaia Gazeta.

La veille de ce jour “historique”, l’ancien champion du monde d’échecs, Garry Kasparov, avait été élu candidat unique pour l’élection présidentielle de la coalition d’opposition L’Autre Russie. Interrogé par Kommersant sur le coup de théâtre de Vladimir Poutine il a déclaré : “La société sera la proie d’un peu moins d’illusions. Les choses sont désormais plus claires quant à la façon dont Vladimir Poutine va se maintenir de facto au pouvoir. Un nouveau système politique est en train de prendre forme, plus proche d’une dictature à parti unique.

Poutine, c’est pour toujours. Cette formule semble aujourd’hui caractériser le mieux notre nouvelle réalité politique“concluait récemment Moskovski Komsomolets.

Pour en savoir plus, consultez le dossier que Laurence HABAY y a consacré dans l’excellent hebdomadaire Courrier International.