Leçon n° 9 :
L’État… En faut-il plus ? En faut-il moins ?
Extrait :
« L’État est un monstre froid, il ment froidement, et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : “Moi je suis le peuple.” » Ce mot du philosophe Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra, 1883) exprime un sentiment très répandu. Qu’il soit « flamboyant », comme le sont souvent certains États despotiques, ou « froid », comme l’appareil bureaucratique moderne, l’État inspire rarement de la sympathie. Nous avons tous tendance à croire que notre existence serait plus épanouie dans une société qui serait débarrassée du pouvoir et de ses représentants corrompus, car la plupart des hommes d’État ne nous donnent pas l’impression d’être des hommes intègres. On les croit au contraire cupides, hypocrites et malhonnêtes, préoccupés de satisfaire leur appétit du pouvoir et de faire fructifier leurs actions. Pour démêler ce qui est justifié et ce qui, au contraire, relève du préjugé dans cette hostilité à l’égard de l’État, il faut dissocier ce qui relève du fait et ce que l’on appelle le « droit ». Si les États historiques ont été si souvent peu soucieux des intérêts de leurs sujets, on ne saurait en tirer des conclusions définitives sur la nocivité de l’État. Car l’État ne saurait se confondre, en droit, avec les formes diverses que le pouvoir a revêtues au cours de l’histoire effective de l’humanité. Avant donc de jeter le bébé (l’État) avec l’eau du bain (l’iniquité du pouvoir), il faudra donc examiner quelle est la raison d’être de l’État, comme se sont efforcés de le faire les théoriciens classiques, tels que Hobbes et Rousseau. Ils nous apprennent que l’intégration de la société dans un carcan relativement rigide est une nécessité vitale pour toute nation moderne. Au-delà de cette nécessité en quelque sorte « négative » – les institutions nous évitent de nous entre-tuer –, l’État peut aussi être vu comme le garant de nos droits fondamentaux. Contrairement à ce que l’on pourrait croire un peu précipitamment, le but originel de l’État n’est pas d’opprimer les hommes, mais de leur apporter sécurité et liberté, si l’on en croit Spinoza et Rousseau. Car aucune liberté ne se peut concevoir sans loi, et seul l’État, qui l’incarne à l’échelle des grandes nations, est en mesure d’imposer à tous de respecter les règles et de se plier aux dispositions qui en découlent, sous peine de sanctions.
Résumé-Plan:
· Introduction : l’État est-il malveillant et superflu, faut-il donc « moins d’État » pour libérer les individus ?
· L’origine de l’État.
· La République.
· Du Léviathan de Hobbes au Contrat social de Rousseau.
· La loi et la « volonté générale ».
· Violence des États historiques.
· Le totalitarisme.
· L’État de droit.
· Conclusion : Il ne faut pas moins d’État. Mais il faut des États plus justes et rigoureusement autolimités.
Citations:
· Nietzsche : « L’État est un monstre froid, il ment froidement, et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : “Moi je suis le peuple.” »
· Rousseau : « Chaque associé s’unissant à tous n’obéit pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. »
· Max Weber : « Il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire donné […], revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence légitime. »
· Burdeau : « Les hommes ont inventé l’État pour ne pas obéir aux hommes. »
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